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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


La Petite Communiste qui ne souriait jamais

Publié par philippe sur 21 Juillet 2015, 14:14pm

Catégories : #Nouveauté, #Roumanie, #Europe Centrale, #Thèmes d'Aujourd'hui

La Petite Communiste qui ne souriait jamais

Lola Lafon, La Petite communiste qui ne souriait jamais, Babel, 2015

Nadia Comaneci est une gymnaste roumaine de légende, voire un mythe.

Existe-t-elle vraiment ?

Lola Lafon entretient paradoxalement le mystère avec cet ouvrage, une sorte de biografiction, on aurait dit naguère une biographie romancée.

La construction de l’ouvrage est intéressante. Il commence par les J.O. de Montréal en 76, évidemment moment phare qui a gouverné toute la vie de Nadia Comaneci.

On a une succession de courts chapitres qui évoquent des épisodes ou des états d’âme qui s’enchaînent les uns aux autres.

La narratrice envoie chaque chapitre, au fur et à mesure, pour relecture, débat, corrections à Nadia, mais sans la rencontrer en vrai. Des conversations téléphoniques ont alors lieu, dans lesquelles Nadia rectifie, donne sa version qui est souvent idéalisée, selon Lafon, et qui cherche à dénoncer les clichés erronés d’une écrivaine de l’ouest.

Nadia Comaneci en 1976

Nadia Comaneci en 1976

Les préoccupations de Lola Lafon me semblent être les suivantes :

- La biographie est remplie de mystères. L’auteur s’atèle donc à tenter de retrouver les vérités. Mais Nadia reste un fantôme, mi agréable mi décevante. Les pays communistes, et la Roumanie en particulier, étaient-ils cette fabrique à athlètes et à médailles prête à tout ? A travers le personnage de Béla Karolyi, l’entraîneur et le directeur de l’école de gymnastique, on est témoin du fonctionnement des institutions sportives et politiques et des enjeux de la réussite. Mais là encore, de nombreux mystères demeurent.

- On a aussi un tableau intéressant de la personnalité et de la façon de gouverner de Ceaușescu. Il est reçu partout, il frise le Prix Nobel, il fait partie des non alignés. Mais son pouvoir autocratique s’épuise et s’effondre peu à peu.

- Une réflexion intrigante sur la femme sportive comme produit. La presse de l’Ouest et l’opinion publique n’ont pas supporté les changements qu’a vécu le corps de Nadia après 76. Elle est devenue femme, elle n’était plus la créature sportive et médiatique parfaite, elle n’incarnait plus l’idéal, mais redevenait terrestre.

Quelle image d’eux-mêmes Nadia Comaneci renvoyait-elle aux spectateurs ?

- Dernier point : il faut combattre les clichés sur l’Est et sur l’Ouest. Dans cette optique, les dialogues avec Nadia sont très judicieux. Le personnage de l’ancienne championne essaie de montrer à la narratrice que la Roumanie ne correspond pas aux stéréotypes ouest-européens :

Ca va vous choquer, je connais les certitudes de vos supposées démocraties libérales à ce sujet…mais il y avait aussi une sorte de… joie, dans les années 1970, ce qui ne change rien au reste, évidemment. Je déteste ces films et les romans qui parlent de l’Europe de l’Est, tous ces clichés. Les rues grises, les gens gris. Le froid. Quand je dis à des Occidentaux qu’à Bucarest, l’été, on suffoque, on me regarde comme si je débloquais, même aujourd’hui ! Essayons de ne pas faire de ma vie ou de ces années-là un film simpliste.

Les théâtres ! Ils étaient pleins, je suis sûre que j’ai vu plus de pièces classiques que vous ! On gelait dans la salle mais chez soi c’était pareil, et puis, on voulait voir, écouter de beaux textes…

Et inversement, Nadia qui a connu l’Ouest durant ses voyages sportifs, puis s’est exilée aux USA, explique que finalement, sous un masque de liberté et de démocratie, les ressorts de la société capitaliste sont quasi les mêmes que ceux des pays communistes :

- C’était impressionnant cette abondance, pour vous ?
- Bien sûr. Vous savez, la première fois que ma mère est venue à l’Ouest, c’était dans une banlieue du New Jersey, eh bien, elle a pleuré dans les allées du petit supermarché.
Je cherche à comprendre. Pleurait-elle de joie, sa mère, devant l’émotion de ces nouveaux choix, le fait même d’avoir le choix, et Nadia me coupe la parole, presque brutale. Le dégoût de cet amoncellement absurde, me corrige-t-elle. La tristesse de se sentir envahie de désir devant tant de riens. « Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer. »

Je rêvais de liberté, j’arrive aux Etats-Unis et je me dis : c’est ça la liberté ? Je suis dans un pays libre er je ne suis pas libre ? Mais où, alors, pourrai-je être libre ?

Malheureusement le livre est un peu ennuyeux. Ca dure, ça dure… Les mêmes idées reviennent, et les phrases ou les descriptions psychologiques ne sont pas toujours très claires. Tout cela manque de direction, de vigueur, de style.

Lola Lafon sur scène

Lola Lafon sur scène

Heureusement Lola Lafon connaît bien la Roumanie, elle y a vécu. Le tableau qu’elle brosse de ce pays à cette époque reste donc intéressant. L’auteur a obtenu de nombreux prix littéraires (Etonnants Voyageurs / Ouest France ; Closerie des Lilas ; Madame Figaro, etc.). Elle est également musicienne. Elle est une féministe militante, et un peu anarchiste. Elle mène des ateliers d'écriture en France et en Roumanie.

De nombreux thèmes qui nous parlent et qui nous proposent un certain visage de notre époque.

Nadia Comaneci : un mythe, mais au sens de Barthes.

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JP Leroy 12/01/2017 20:23

Merci pour vos commentaires. Voici les miens: http://la-petite-communiste.blogspot.com

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