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La lettrie

La lettrie

Lectures et dialogue des cultures


Un Matin à Byblos, Olivier Germain-Thomas

Publié par philippe sur 30 Décembre 2015, 08:13am

Catégories : #Adopte un Livre : notes de lecture, #Thèmes d'Aujourd'hui

Un Matin à Byblos, Olivier Germain-Thomas

La ville dont le nom est LIVRE

Le point de départ de ce petit bouquin : « Il existe au bord d’une mer qui fut le nombril du monde, une ville qui porte le nom de Livre. »

C’est un opuscule très agréable, au charme un peu désuet, d’une langue de haute tenue et qui posent quelques problèmes qui dérangent : le déclin, peut-être, de la langue, de la pensée ; l’universalisme, et non la mondialisation ; l’enseignement du français, des langues, de l'esprit.

Olivier Germain-Thomas est écrivain et a travaillé à France Culture. Ce petit livre, Un Matin à Byblos, est sorti en 2005 aux Editions du Rocher. On le trouve depuis 2009 au Serpent à Plumes, collection Motifs.

Ecrivains de Babel

C’est un récit entremêlé de réflexions variées, autour du dialogue des langues et des cultures, de la culture.

Olivier Germain-Thomas évoque les différentes sources possibles du nom de Byblos qui « pose une devinette qui – heureusement pour les plaisirs de l’esprit – n’est pas plus résolue par les étymologistes que par les astrophysiciens : l’énigme de l’origine. »

Il convoque aussi de belles histoires, des auteurs de tout pays, de toute langue, de tout temps : Lucien de Samosate, Racine, Renan, Jean de Sponde, Dostoievski, Blondin ou encore Hiuan Sang.

Il retranscrit des mots de nombreuses langues. Il narre d’ailleurs un beau duel de langues :

il m’aborde dans la langue d’Abu Al-Atahiya. Je lui réponds dans celle d’Hector Savinien Cyrano de Bergerac. D’un signe léger il me fait comprendre qu’il ne l’entend point. Il emploie alors la langue de Mickey. Je réplique qu’une forme dégradée de l’idiome de William Stanley, VIème comte de Derby, ne me semble pas adéquate entre nous dans ce lieu. So what ?

Ils finissent par dialoguer en latin : « Felix sum linguam latinam loquor (je suis heureux de parler la langue latine), me répond-il ».

Amour des Lettres

De très belles choses dans le 6ème chapitre. La richesse de la langue maternelle, et son apprentissage, engendrent la richesse de la pensée, les qualités d’analyse. Comme Alain, notre auteur pense que l’apprentissage rigoureux, le contact des grands auteurs et le « par cœur », bien loin de brimer l’originalité ou d’encombrer l’esprit, permettent d’affirmer sa personnalité et d’assurer sa pensée :

des voix intérieures qui enrichiront [notre] perception et lui donneront relief et acuité.

Il faut ainsi enseigner la langue et la littérature dans le but non technocratique que le texte devienne « un lieu de plaisir ».

Le plaisir offert par un texte bien choisi est savoureusement complet.

Enfin l’art de la concision est célébré par Olivier Germain-Thomas. Il cite un beau passage de l’Etrangleur de Perroquets de Philippe Barthelet qui analyse le vers de Racine et sa force :

« Je t’aimais inconstant : qu’aurais-je fait, fidèle ? »

La concision est davantage qu’une preuve d’intelligence :

l’art de dire beaucoup en peu de mots est une marque de confiance offerte au lecteur.

Il me faut donc m’arrêter !

D’autres passages sont plus ordinaires ou un peu plus… vieille-France…
Mais cet opuscule est charmant et permet au lecteur de prendre langue avec de grands esprits, et avec un bel écrivain.

Commenter cet article

Mimi 31/12/2015 18:08

J'aime les voix intérieures qui se lisent, s'écoutent, deviennent partenaires...

philippe 01/01/2016 21:34

C'est le cas, je pense; un dialogue avec l'auteur.

zazy 30/12/2015 19:04

J'aime cette phrase : "l’art de dire beaucoup en peu de mots est une marque de confiance offerte au lecteur."
Je note cet opuscule

philippe 31/12/2015 17:30

Oui, moi aussi. C'est un livre agréable.

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