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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


Erwan Larher, Abandon du Mâle en Milieu Hostile

Publié par philippe sur 4 Décembre 2015, 20:43pm

Catégories : #Thèmes d'Aujourd'hui, #Aventures Action

Erwan Larher, Abandon du Mâle en Milieu Hostile

Erwan Larher, Abandon du mâle en milieu hostile,Plon, 2013

Oups, je pensais avoir publié cette chronique en juin, et elle était restée dans les archives.

Dans les années fin 70 – début 80 à Dijon, c’est-à-dire une petite ville bourge et ronflante, un jeune BCBG s’amourache, puis se passionne pour une punkette. Le thème cinématographique des deux caractères opposés qu’on réunit, selon l'auteur.

Je te haïssais.
Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j’éxécrais alors : le désordre, le mauvais goût, l’improductive et vaine révolte juvénile. (…) quand tu portais ce pantalon écossais trop petit, moulant en diable, déchiré en de multiples endroits et garni d’épingles de nourrice – un mystère pour moi que la vogue de l’épingle de nourrice en 1977, une preuve en tout cas de ton infantilisme. Si tu avais été ma sœur, papa t’aurait reniée.

Mais le jeune gars la suit partout. Elle l’initie à beaucoup de choses, y compris aux very bad trips des concerts punks (quelques passages jubilatoires). A tel point qu’ils finissent par se marier. Ensemble !
La fille devient une brillante étudiante en Lettres, puis une romancière prodige.
Tout va bien ? Pas complètement parce que, régulièrement, la jeune femme reste à Paris plusieurs jours, prétendument pour son travail, mais le jeune mari (les personnages n’ont pas de nom – voir plus bas) craint d’être trompé…

Il va se passer un truc grave.

Le jeune homme va découvrir en effet qu’elle a une double vie, mais pas du tout celle qu’il redoute. Elle a fondé une sorte de phalange vaguement anarchiste appelée AI-CCL : Action Indirecte branche Commando Contre la Laideur.

La suite… chez Plon

Il y a beaucoup de références à l’actualité de l’époque. Et beaucoup de références rock, y compris à des groupes punks assez pointus : Crass, Asphalt Jungle, Metal Urbain.

Phénomène d’époque sans doute, mais on peut relever pas mal de points communs avec la Fin des Punks à Helsinki de Jaroslav Rudis : années 80, rock, punk, bars, contexte politico-historique, et aussi un activisme sympathique contre la laideur, le factice, la société du spectacle.

Rencontre

Une entretien drôle et dynamique
Une entretien drôle et dynamique
Une entretien drôle et dynamique
Une entretien drôle et dynamique

Une entretien drôle et dynamique

J’ai pu renconter Erwan Larher en mai 2014 à Dijon justement. C’est quelqu’un de charmant, et en même temps un peu high voltage. Il a exercé différents métiers dans le management rock (EMI Universal), la publicité, la télévision. Il fait également du rewriting (réécriture, corrections de traductions ou littérature commerciale). Il a étudié un an à Dijon après avoir fait l’IEP d’Aix en Provence. Il détient un DESS de gestion des institutions culturelles. Il porte actuellement un beau projet d’ouverture d’une résidence d’écrivains dans le Poitou.

L’Ecriture

Erwan Larher écrit depuis l’âge de 14 ans. Parmi ses grands modèles : Dostoïevski (Le Joueur), Stefan Zweig pour les descriptions psychologiques, Camus, Farenheit 451, Des Souris et des Hommes, Ionesco (La Cantatrice Chauve), Jérôme Ferrari. Et Mallarmé : « J’espère avoir un peu de poésie dans mon écriture », dit Larher.

Il travaille un peu à l’ancienne : carnets de notes ; il écrit dans un grand cahier, il tape ensuite, puis il corrige à la main.

Contrairement à Jean Echenoz, dit-il, il pense que les personnages ont leur propre vie. « Ce n’est pas de la mystique », mais il est parfois étonné du devenir de ses personnages. « Les choses sont habitées », « il y a une densité. »

Il n’aime pas décrire, même s’il s’y astreint parfois.

Genèse de l’Abandon

Il a commencé cet ouvrage en 93, son année dijonnaise ; jusqu’en 2013, il a beaucoup changé et retravaillé l’ensemble.

On n’a qu’un seul point de vue, celui du garçon : c’était une sorte de pari de départ. On a un portrait en creux, ce qui laisse une grande place au lecteur.

Il a envisagé aussi d’écrire le point de vue de la fille, notamment dans un autre roman. Mais plus ou moins abandonné.

L’idée de la fin a changé « plein de fois ». L’écriture d’un roman est, selon lui, « une matière vivante ». La fin définitive est arrivée seulement à la dernière relecture des épreuves !

Que se passe-t-il réellement ? Le héros, « moi, j’sais pas c’qu’il fait après ! » ; la fille est elle vraiment amoureuse de lui : « je ne sais pas », nous dit Erwan Larher.

Les deux personnages correspondent un peu à deux aspects de sa personnalité. Il est lui-même fils de militaire, mais très jeune, il était en colère contre beaucoup de choses.

Le titre est de lui, et il a un droit de regard sur la photo de couverture choisie. François Taillandier, son éditeur chez Plon, lui a proposé quelques corrections, mais peu de grands changements.

Un personnage intéressant, un roman à lire.

Erwan Larher a également publié :

Qu’avez-vous fait de moi ?, 2010, et Autogenèse, 2012, chez Michalon.

Entre toutes les femmes, 2015, Plon.

Un 5ème opus est en préparation. Et je le prouve :

Erwan Larher, Abandon du Mâle en Milieu Hostile

Pour l'actualité biographique d'Erwan Larher, voyez donc sa page publique facebook.

Interviewes :

- J'aime bien cette Interview sur Radio Libertaire : commentaires sur le titre et la 1ère phrase, sur « qui raconte ? » et sur l’écriture des personnages dans le livre. Au début surtout, une vraie interview qui porte sur l’écriture et non pas sur l’éternelle psychologie des personnages.

- Autre interview, référencée sur France Culture, mais c’est en fait France Musique, avec Christophe Bourseiller : sur Dijon, Province / Paris en 77. Le contraste des mondes des personnages. Refus de considérer le personnage comme un minable. Elle : « portrait en creux ».
Intéressant aussi : Erwan Larher refuse de répondre à une 2ème question avant d’avoir répondu à la 1ère !
Autre titre possible "l’homme oxydé". L’époque du roman, « basculement d’époque » : on passe à l’époque de l’image et du spectacle, l’argent, mais il y a encore des combats collectifs. Action Indirecte, dans le roman : « il aurait dû y avoir plus de mouvements à vocation esthétisante que violente »).
Choix musicaux expliqués par l'auteur pour l'émission : Minimal Compact ; Klaus Nomi qui se prend pour un interprète de Purcell ; The Cure.

Et voilà.

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Commenter cet article

La lettrie 16/12/2015 17:32

Oui, et l'auteur est un phénomène aussi !

manou 16/12/2015 07:50

Le titre à lui seul est toute une histoire...

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