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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


Arnaud Dudek, une Plage au Pôle Nord

Publié par philippe sur 13 Décembre 2015, 11:40am

Catégories : #Nouveauté, #Thèmes d'Aujourd'hui

Arnaud Dudek, une Plage au Pôle Nord

Arnaud Dudek, une Plage au Pôle Nord, Alma, 2015

La grande qualité des romans d’Arnaud Dudek est d’avoir l’air simple, léger, presque anodin, alors qu’ils sont riches et complexes. Celui-ci me semble être – jusqu’au prochain ! – le meilleur de ce qu’il a écrit.

Jeu de rencontres

On a, pour commencer, le personnage de Jean Claude, présenté comme une sorte de loser ; son travail et sa femme l’ont quitté, son meilleur ami drague son ex, il pense qu’il n’est plus bon à rien. Vient ensuite Françoise, une veuve d’un âge respectable, qui a du mal à se remettre de la mort de son mari. Un petit appareil photo les fait se réunir. Jean Claude va aider Françoise à découvrir les joies mystérieuses de l’informatique et des sites de rencontre pour séniors ; elle va lui permettre de retrouver de la confiance en lui. Une amitié va naître.

Il se jugeait incapable de transmettre, d'enseigner : il déploie des trésors de patience et de pédagogie. Elle se croyait rouillée: ses progrès sont assez rapides. Ils se surprennent ; ils se font du bien.

Jeu de construction

Le roman est finement et savamment construit.

Dudek joue d’abord sur la présentation traditionnelle du personnage de roman :

Quai désert. Escaliers sales. Tout au bout du couloir se dessine un coude, passé lequel on accède à un hall sinistre. La majorité des voyageurs prend sur la gauche en quittant le hall. Jean-Claude, lui,

marquons une pause. Quand un personnage commence à prendre de l'importance, il est bon de s'attarder sur son passé, son œuvre, son parcours.
Quelques détails, trois fois rien, l'essentiel. Faire quelques pas dans sa vie comme on fait quelques pas dans une maison, pour visiter, savoir si elle nous plaît : Tiens dans le salon il y a la même étagère que chez Christelle et Frédéric. Allons-y.

Jean-Claude est arrivé sur le tard dans le nid d'un couple uni, père soudeur, mère femme de ménage. La mère meurt brutalement, leucémie foudroyante,
alors que Jean-Claude n'a pas encore perdu sa première dent. Trois ans plus tard, une belle-mère arrive d'on ne sait où, boudinée dans un jogging. Elle est douce, gentille, accepte que Jean-Claude remplisse son Caddie de bonbons, elle est parfaite. C'est un peu rose, là. Il y a même du camping au bord d'un étang.

Au chapitre 20, la construction est intéressante aussi : on a une suite de paragraphes dont chacun évoque un personnage et dont la dernière phrase est inachevée ; mais elle est en fait reprise et continuée dans le paragraphe suivant pour présenter les pensées du personnage suivant. Ce jeu de rupture et de liaison rappelle un peu le « marabout d’ficelle » ou plus encore le film La Ronde de Max Ophüls.

Enfin un certain nombre de chapitres portent tous le même titre (sauf un…) : ils nous présentent l’histoire et l’épopée finale du mari de Françoise. On comprend ainsi pourquoi elle a choisi « Bonny » comme pseudo sur internet. Et Dudek invente peut-être ainsi le « sénior thriller » ou le « géronto - polar ».

C’est en tout cas un très chouette roman.

Dans le « prière d’insérer », les éditions Alma disent que Dudek est « l'écrivain le plus narquois du moment ». Du moment… qu’on aime ça, il ne faut pas s’en priver.

L’ouvrage s’achève par un très beau texte du romancier dans lequel il évoque son plaisir à inventer des histoires et des personnages, et ce qu’il en dit m’a assez fortement rappelé Milan Kundera et le personnage qu'il présente comme un « ego expérimental » :

J'aime raconter les histoires de gens qui n'existent pas. Soigner leur portrait, leur « justesse sociale », faire en sorte que leurs mots, leur comportement soient cohérents. Mesurer sur eux les conséquences d'un choix, d'une rencontre, me laisser parfois surprendre par leurs réactions. Glisser dans leur vie inventée quelque chose de tragique, d'amusant, d'épais, de fragile. Retravailler le texte, encore, seul ou avec d'autres. J'y prends tellement de plaisir. Ne suis pas près de raccrocher mon stylo.

Pour une information plus détaillée sur le romancier, voir sur ce blog « 5 questions à Arnaud Dudek » et « les Fuyants ».

Voir aussi sur Blablamia, et à propos de Rester Sage, sur le Tour du Nombril.

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Mimi 14/12/2015 17:01

J'aime beaucoup les extraits, le style est surprenant et sympa.

philippe 21/12/2015 10:37

Oui, ça vaut une ptite lecture !

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