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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


Christophe Boltanski, La Cache

Publié par philippe sur 21 Novembre 2015, 09:17am

Catégories : #Nouveauté, #Europe Centrale

Christophe Boltanski, La Cache

Christophe Boltanski, La Cache, Stock, 2015

Une œuvre autobiographique dans laquelle Christophe Boltanski évoque les grandes personnalités et les grands moments de son histoire familiale. Une famille qui, selon l'auteur, vit un peu recluse et cimentée par la peur. Certains passages sont assez drôles, d’autres sont plus tendres. La dynastie Boltanski est en effet haut-en-couleur. L’ouvrage débute avec une présentation des grands parents qui ne faisaient quasi plus un pas en dehors de leur appartement sans prendre la voiture. L’auteur raconte avec humour qu’on l’a en effet élevé dans la peur permanente et universelle :

Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la nourriture avariée. Des oeufs pourris. Des foules et de leurs préjugés, de leurs haines, de leurs convoitises. De la maladie comme des moyens utilisés pour la contrer. Du comprimé absorbé après une lecture attentive du dictionnaire Vidal. De l'asphyxie au gaz de ville. D'une noyade en mer. D'une avalanche en montagne. Des voitures. Des accidents. Des porteurs d'uniforme. De toute personne investie d'une autorité quelconque, donc d'un pouvoir de nuire. Des formulaires officiels. Des recours administratifs. De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses. Du blanc qui présuppose le noir. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. Des Français qui se définissent comme bons, par opposition à ceux qu'ils jugent mauvais. Des voisins indiscrets. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr.

Un oncle qui vit chez lui presque comme un clandestin et semble effacer les traces de sa propre vie au fur et à mesure qu’il en laisse.

Une des parties qui donne sans doute le plus précisément son titre à l’ouvrage raconte l’histoire du grand père qui a dû se cacher dans son appartement pendant l’Occupation nazie en France. Cette partie est belle et émouvante.

L’auteur se met également en scène à la recherche des traces de ses ancêtres et de son passé, notamment à Odessa. Il y a de beaux passages lorsqu’il visite enfin cette Crimée d’un autre âge :

Quand je dois expliquer d'où vient mon nom, je ne dis pas de Russie, encore moins d'Ukraine, mais d'Odessa. Lorsqu'on me demande mes origines, je réponds : "Odessa". Dans mon esprit, cela suffit. Pas besoin d'en rajouter. Ceux qui savent comprendront. Comme si l'appartenance à cette cité portuaire tombée en déshérence et peuplée essentiellement de fantômes tenait lieu à la fois de nationalité et de religion. Même de métier. Cela fait tout de suite un peu artiste. (...) Odessa, c'est simple et de bon goût. Curieusement, on se revendique d'une agglomération où on n'a jamais osé mettre les pieds. Après le refus de mon grand-père d'y pénétrer, c'est même devenu une zone interdite. Une utopie, un lieu imaginaire. Ou alors un point de fuite, ce repère vers lequel on dirige le regard et qu'on ne voit pas.

En 2014, j'ai brisé le tabou familial. Le prétexte ? Un reportage sur un massacre commis deux mois plus tôt à Odessa. Le lieu du crime jouxte la gare centrale de Vokzal d'où mon arrière grand-père a pris la fuite. (...) Je me jetais sur les moindres éléments susceptibles d'étayer les fragments de mémoire parvenus jusqu'à moi. Au marché Pryvoz, je m'extasiais sur les étals d'anguilles, de maquereaux et de harengs fumés. Le soir, assis à la Tavernatta, qui était devenue ma cantine, j'enfournais des varenikis en les comparant avec ceux de ma grand-mère. J'essayais de mettre des sons, des images, des odeurs derrière des lambeaux d'histoire.

Le livre est construit de chapitres qui ont pour titre les pièces d’une habitation, y compris la voiture (pour les grands parents) ou l’escalier, avec pour chacun un petit plan :

Christophe Boltanski, La Cache

Ce livre est intéressant et sympathique ; toutefois je trouve qu’il n’a peut-être pas tout à fait le charme ni la puissance du bouquin de Katja Petrowskaja qui est exactement dans la même veine, Peut-être Esther ?

Cependant Christophe Boltanski obtient un grand succès et a déjà reçu le Prix Femina (voir le site assez sympa du Prix Femina).

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manou 22/11/2015 08:34

Oui moi aussi, j'avais noté ce titre bien avant qu'il obtienne le Prix Femina et ta chronique (et les extraits) me donne encore plus envie de le lire. J'aime beaucoup ce type de roman autobiographique. Par contre je n'ai jamais rien lu de Katja Petrowskaja. J'ai donc noté le titre que tu proposes.
Merci pour le partage !
Merci pour l'idée.

philippe 22/11/2015 15:52

Merci aussi, Manou. Je l'ai commencé juste avant qu'il ait le prix... Et ça m'a un peu surpris, malgré ses qualités.

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