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La lettrie

La lettrie

Lectures et dialogue des cultures


Terminal, Marek Bieńczyk

Publié par philippe sur 20 Septembre 2015, 13:58pm

Catégories : #Adopte un Livre : notes de lecture, #Europe Centrale

Terminal, Marek Bieńczyk

Qui est Marek Bieńczyk ? Vous le saurez en tournant la page de ce blog !

En tout cas, il n’est pas « un écrivaillon de Varsovie », comme le dit un de ses personnages (p. 140).

Il s’agit de son 1er roman, publié en Pologne en 1994, et chez Gallimard nrf, collection Du Monde Entier, en 1997.

Comment faut-il comprendre le titre ? Je ne sais pas exactement. Rien ne semble réellement raconter une fin. Certes, au bout du roman, quelque chose pourrait sembler se terminer, mais il s’agit en réalité d’une fin ouverte.

Par contre, la question du Temps est centrale.

C’est l’histoire d’un amour qui naît et se développe, celui du narrateur pour une jeune femme. Ils sont étudiants.

Comme dans Tworki, Marek Bieńczyk manie beaucoup l’ellipse, laisse de nombreux flous dans ses scènes et ses descriptions. J’aime beaucoup cela, pour ma part. Tout n’est pas donné. D’autant qu’il écrit déjà avec cette Ironie Poétique dont j’ai parlé par ailleurs.

Ils se rencontrent dans une sorte de voyage organisé ou de voyage d’étude. Ils passent quelque temps en France, avec quelques remarques bon enfant de l’auteur qui connaît bien ce pays puisqu’il enseigne notre littérature à Varsovie. Les deux personnages mettent du temps à se rencontrer, à se parler, à s’apprivoiser, à s’aimer. J’ai eu l’impression, à la lecture, que Marek Bieńczyk cherchait à décomposer le mouvement, comme un peu dans la théorie du temps de Zénon d’Elée (la flèche n’atteint jamais son but) ou dans les recherches photographiques d’avant le cinéma, de Jules Etienne Marey ou de Muybridge, par exemple.

Terminal, Marek Bieńczyk

Le personnage féminin se caractérise aussi par sa lenteur, voire son immobilité, ce qui surprend admirativement le narrateur amoureux :

Car elle avait cette facilité de ne suivre qu’une seule piste, de n’entreprendre qu’une seule activité, de n’emprunter qu’un couloir, de sa vie.

Terminal

Comme dans Tworki, une grande place est accordée à la poésie et à la littérature en général :

… pour se rappeler longuement, le plus longtemps possible, les textes qu’on avait lus avant de sortir et peut-être même avant de venir au monde.

Terminal

Eh quoi, je ne devins pas un galet, à l’inverse du héros d’un autre roman fameux, bien que je fusse pris de nausées moi aussi.

Terminal

Comme dans Tworki aussi, Bieńczyk joue avec son lecteur de façon intelligente, subtile et fuit le voyeurisme ordinaire :

J’introduirai ce personnage dans mon récit le moment venu. Rien n’annonçait que quelqu’un d’autre dût y faire son entrée, hein ? Et pourtant j’attends maintenant cet instant avec impatience.

J’ouvris les rideaux du geste de l’homme avide de confession brutale. J’observais les ténèbres révélant peu à peu leur visage. Elle s’avança, ayant jeté un chandail sur ses épaules. Je la serrai dans mes bras, c’était un chandail de laine passé à la teinture haut dans les nuées. Et nous restâmes ainsi jusqu’à l’aube, elle à gauche, moi à droite, pour qui nous aurait regardé par le trou de la serrure ; j’avais pourtant l’impression que si quelqu’un nous regardait, c’était plutôt de face. Je ne pense pas que je pourrai ajouter encore quelque chose à ce tableau. Faut-il à tout prix étaler les mots dans les courants d’air, tremper les phrases dans la brise marine, et les exposer au ridicule d’un point ? c’est pourquoi, vous qui êtes ici réunis, aimables lectrices et derniers lecteurs, je vous remercie de votre attention.

Terminal

Enfin, s’il y a dans Tworki une réflexion sur la Pologne et son Histoire, on remarque plutôt dans ce roman, une réflexion sur l’identité et sur le nom :

Il n’y a pas de nom qui vous soit propre, constata-t-il à mon grand soulagement. Ce qu’on appelle couramment son nom propre existe dans un système de différences ; ce n’est pas son nom qui définit l’individu, mais la référence au nom des autres.

Terminal

De manière surprenant, le roman est composé de deux autres récits enchâssés, presque des débuts d’autres romans.

Le 1er est une sorte de parodie de thriller facile à lire ; on comprend ainsi que Bieńczyk serait capable d’en écrire et que ses choix d’écriture correspondent bien à une certaine conception du roman et de la littérature.

Le 2nd s’intitule « La parade du mal dans la maison sur la lagune »… il est plus court et tranche moins avec l’ensemble du bouquin.

Conclusion ? Un roman qui n’atteint pas encore la hauteur de Tworki, mais qui brosse déjà la silhouette d’un très grand romancier.

Si tous les Français n'ont pas lu cet auteur, un grand nombre de blogs et de lecteurs des réseaux sociaux de langue anglaise parlent de lui.

il a obtenu, en 2012, le plus prestigieux prix littéraire de Pologne.

Marek Bieńczyk, Terminal, Gallimard nrf, collection Du Monde Entier, 1997.

Commenter cet article

Mimi 21/09/2015 08:52

Étrange terminal ! Ce côté participatif adressé aux lecteurs, je ne l'apprécie pas toujours quand on le retrouve trop souvent dans le roman. Personnellement, c'est un auteur que je ne connais pas sur lequel il faudra que je me penche un jour. Merci pour cette découverte.

Philippe 21/09/2015 18:43

Merci, Mimi. Il n'en abuse pas trop tout de même. Mais ce n'est pas un hasard si Kundera a écrit des articles sur lui (ils ont ce côté "Jacques le Fataliste et son Maître" en commun.

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