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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Publié par philippe sur 11 Août 2015, 10:59am

Catégories : #Nouveauté, #Europe Centrale, #Thèmes d'Aujourd'hui, #Aventures Action

Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Vladimir Lortchenkov, Des Mille et une façons de quitter la Moldavie, Mirobole Editions.

Un livre baroque, fou fou, ironique.

C’est l’histoire d’un village, Larga, en Moldavie, pas très loin de la capitale Chisinau.

La Moldavie est un pays un peu coincé entre l’Ukraine et la Roumanie et qui a une histoire complexe.

Dans ce village, selon l’auteur, tout le monde veut fuir la Moldavie, si possible pour rejoindre l’Italie. Vladimir Lortchenkov soulève évidemment de vrais problèmes : la Moldavie est l’un des pays les plus pauvres d’Europe et l’émigration est très importante.

Mais il traite ici ces questions avec humour, force et provocation. L’Italie est par exemple présentée comme un pays dont l’existence est constamment remise en question puisque… personne n’en est jamais revenu.

Dans ce roman épicé, même le président finit par fuir le pays en catimini avec son avion privé, préférant trouver un job dans une pizzeria italienne. Tous les moyens sont bons pour quitter le pays : payer des passeurs 4000 euros, constituer une vraie équipe de curling pour ne pas revenir lors d’une compétition internationale, lever une armée nationalo-religieuse pour envahir l’Italie, fabriquer un avion avec les moyens du bord, et même s’envoler dans un tracteur…

L'indécision était telle que personne ne trouva rien à objecter quand l'idiot du village, accessoirement docteur ès sciences agronomiques, autrement dit l'agronome Dygalo, proposa lors de la réunion suivante :
- Et si on installait une ligne de trolleybus à Larga ?
(...)
Un mois plus tard, un trolleybus allait et venait le long des trois kilomètres que comptait Larga. Son conducteur médusé arrivait tout droit de Chisinau, d'où il avait été exilé pour conduite inconvenante pendant les réunions du Parti. Il y avait trois arrêts sur la ligne de Larga, au bout de laquelle on avait improvisé un parc de trolleybus, consistant en une grange gigantesque, une guérite abritant le régulateur et l'agent comptable ainsi qu'un banc pour le contrôleur et le conducteur. L'autobus à cornes - ainsi le baptisa-t-on à Larga - circulait selon une grille horaire strictement établie, toutes les demi-heures. L'absurdité de la situation ne perturbait personne.

On suit durant tout le roman un groupe de personnages de ce village, prêts à tout pour fuir leurs racines, tantôt sympathiques (Seraphim croit avoir appris l’italien alors « qu’on lui avait fourgué un manuel de norvégien »), tantôt plus révoltants.

Un festival de cruauté

Car en effet, Lortchenkov, sous une écriture qui passe toute seule - même si le récit piétine un peu parfois, mais... c'est bien normal de s'enliser en Moldavie - parsème son histoire d’épisodes cruels et ignobles : un des personnages principaux laisse sa femme qui s’est suicidée pendre pendant plus d’une semaine à l’arbre de sa cour, un autre tue et incinère sa propre fille qui était partie se prostituer en Italie, on vend parfois ses organes pour réunir l’argent du voyage mais on se fait souvent tromper, on laisse les pilotes d’un avion s’écraser pour le bien-être du président, les avions de l’Otan bombardent des bus de migrants moldaves en laissant croire qu’il s’agit de Serbes qui vont envahir la Croatie…

Vladimir Lortchenkov brosse donc un portrait sans concession de toutes les incuries, les corruptions et les faux accords internationaux qui ont mis la Moldavie dans l’impasse où elle se trouve aujourd’hui.

l'auteur

l'auteur

Si j’avais été François Villon, j’aurais composé la Ballade des Pendus.

Comme je suis Vladimir Lortchenkov, j’ai écrit ce roman.

A lire sur le site de Mirobole : Vladimir Lortchenkov a beaucoup voyagé. Il est journaliste. Il écrit énormément. Il a essuyé deux attentats alors qu’il enquêtait sur la corruption en Moldavie. Il a quitté son pays après la publication de ce roman. Il travaille à Montréal.

C'est traduit du russe par Raphaëlle Pache.

A paraître :

- Des Mille et une façons de quitter la Moldavie, chez Pocket, septembre 2015

- Et un nouvel opus : Le Camp des Gitans, Mirobole, septembre 2015

Pour les Editions Mirobole, voir aussi sur ce blog les polars de Zygmunt Miloszewski.

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Mimi 11/08/2015 13:44

Encore un livre très intéressant et certainement à l'humour grinçant. Mais une question : comment en as-tu eu connaissance ? J'ai remarqué que tes lectures sortaient des sentiers battus et j'aime bien ça.

philippe 11/08/2015 18:08

Merci beaucoup, Mimi !
Je suis assez branché Europe Centrale, j'y ai passé un peu de temps. J'ai découvert celui-là après avoir rencontré Z. Miloszewski (voir sur le blog) et être allé voir qui était cette maison d'édition... C'est une petite maison, si j'ose dire, mais ça marche; Milo et Lortchenchov sont ou vont être publiés en poche.
PS Ton blog est génial !
Ph.

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