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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


Vomito Negro, Pavel Hak

Publié par philippe sur 24 Juin 2015, 09:43am

Catégories : #Adopte un Livre : notes de lecture, #Europe Centrale, #Aventures Action, #Thèmes d'Aujourd'hui

Pavel Hak
Pavel Hak
Un autre monde cauchemardesque est possible

Pavel Hak, Vomito Negro, Verdier, collection Chaoïd, 2011

Ca démarre comme un polar, une série B. Sur une île des Caraïbes, une sorte de cadre sup ou de biznessman sur le déclin (le titre du chapitre 1 : « Biznessman, création d’entreprises, chiffres d’affaires, faillites et autres réalités sous les tropiques des Caraïbes ») s’est lancé dans le trafic de clandestins. Mais il n’est pas à la hauteur de la concurrence assassine, sa petite entreprise tourne court et il est recherché par tout le monde, en danger de mort.

Il essaie de se réfugier chez sa sœur, mais elle aussi est en cavale pour raisons graves. Tout le roman va être, pour eux, de se retrouver. Mais tout le roman, c’est aussi la traversée de tous les bas-fonds possibles et imaginables de nos sociétés, une très grande violence, les être humains déshumanisés.

Et grâce au récit enchâssé du père des ces deux personnages, on comprend que l’auteur veut montrer que les sources du mal viennent aussi de l’arrachement des hommes de leur terre africaine, « la capture de l’humain commercialisable » (p. 64).

Un des points culminants de l’ouvrage : le personnage principal appartient à de soi-disant escadrons de la mort censés sécuriser, c’est-à-dire purger, les quartiers pauvres, alors qu’il doit en même temps vérifier que sa sœur n’est pas parmi ces sous-êtres à cramer au lance-flamme.

Comme souvent chez Pavel Hak, on est dans une sorte de science fiction, comme une projection de ce que pourrait être, de ce que pourra être, de ce qu’est déjà presque notre monde. Un tableau aussi de ce que sécrète notre société : ceux qui n’en font pas partie se battent comme des chiens pour y entrer, et sont rejetés comme des chiens. Il faut être chien. Ultraviolence, inhumanité constante. Pauvreté, exclusion, rejet, marges, pourriture. Et en même temps, ultrarichesse entrevue dans quelques scènes. Le cul et le fric hérissés au maximum des objectifs. L’écrasement de l’Etranger. La lutte permanente et furieuse pour vivre.

L’écriture de Pavel Hak est très sèche, beaucoup de phrases nominales qui décrivent la violence, la décrépitude : « Epaves humaines encombrant le couloir du squat » (p. 59), « Corps prostitués, corps vendus aux enchères. » ((p. 91).

Ses personnages sont étrangement dotés de capacités criminelles et défensives, et animés d’une force vitale hors du commun. Prêts à tout, prêts absolument à tout, « résolus à vivre », dans un monde où tout est organisé pour les en empêcher.

Un livre très fort… et tout à fait horrible.

Pavel Hak

Pavel Hak a quitté son pays, la Tchécoslovaquie (il est de Tábor), de manière illégale avant la fin du système communiste. Il est passé par la Yougoslavie, par l’Italie, puis a fait des études à Paris. Il écrit en français. Il a un beau visage, mais son regard semble parfois tourmenté. Il avait fait une entrée dans le monde littéraire avec Sniper (voir l'article sur theatre-contemporain.net).

Voir le site de l'auteur : http://www.pavelhak.com/

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Commenter cet article

sylvie 21/08/2015 18:46

Belle chronique, mais le sujet a l'air terriblement dur, et le titre annonce une certaine ambiance.
Pas sûre d'avoir envie de le lire...
;-)

philippe 21/08/2015 22:30

Warax est un bouquin peut-être quand même plus solide que celui-là.

philippe 21/08/2015 22:25

En effet, c'est assez dérangeant, parfois gore. Mais Hak pose les vraies questions sur le rejet de l'autre, l'exploitation du faible par le fort. On est dans les bas fonds de l'humanité. C'est lui qui a écrit Sniper. Ca fait toujours froid dans le dos :)

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