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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


Un fond de vérité, Zygmunt Miloszewski

Publié par philippe sur 23 Juin 2015, 19:50pm

Catégories : #Adopte un Livre : notes de lecture, #Europe Centrale, #Polar, #Thèmes d'Aujourd'hui

Zygmunt Miloszewski
Zygmunt Miloszewski

Crimes à Sandomierz

Un fond de vérité ? de quoi ? sur quoi ? C’est une phrase qui revient pendant tout le livre. C’est l’idée que toute légende, toute rumeur, tout cliché, notamment raciste, contiendrait un fond de vérité. On connaît bien ça, c’est la porte ouverte à la justification de tous les rejets. Zygmunt Miloszewski dénonce, bien sûr, cette facilité de penser.

Voilà un polar poignant qui touche un des points névralgiques (mais il y en a d’autres) de l’Histoire et de la société polonaises : les Juifs en Pologne.

2 personnes sont assassinées dans des conditions qui rappellent l’abattage kasher des animaux, voire les fantasmagoriques meurtres rituels d’enfants, dont l’un est représenté sur un tableau de la cathédrale de la ville. On est à Sandomierz (prononcer Sanndomiêch), au sud de la Pologne. Ces mises en scène risquent de raviver les haines entre les antisémites et les Polonais humanistes, et activer le buzz médiatique.

Le procureur Téodor Szacki (prononcer Chatski) mène l’enquête.

Un roman de la Pologne

La 1ère affaire de Szacki se déroulait à Varsovie. Miloszewski continue à nous montrer la Pologne d’aujourd’hui. Mais il met en scène, cette fois, un pays qui, comme beaucoup d’autres – et les Français peuvent se sentir concernés – doit assumer son passé, voire essayer d’en corriger certaines pages erronées.

Zygmunt Miloszewski s’interroge aussi sur l’identité nationale. Question prégnante en Pologne, en Europe Centrale, et sans doute aussi dans de nombreux autres lieux… Il se moque de cette pseudo identité nationale, parfois de manière provocante.

A propos de la Pologne, l’auteur a évoqué des points intéressants lors d’un entretien à Dijon, en mai 2014. Il s’est rendu compte, lors des traductions de ses ouvrages, que ce qu’il écrivait sur elle changeait de type de destinataire et donc changeait d’angle, de point de vue, lorsque ses romans étaient lus à l’étranger. Cela enrichit donc sa réflexion sur son pays. Mais en même temps, cela pourrait lui donner une certaine responsabilité sur une question épineuse, épidermique là-bas : l’image de la Pologne. Or justement, Miloszewski ne veut pas endosser ce rôle qui l’obligerait à présenter son pays sous un jour favorable, ou simplement à faire attention à ce qu’il en dit.

En fait, au-delà des apparentes provocations, je trouve le roman plutôt posé, qui dénonce les idéologies insidieuses et examine les enjeux de l’histoire polonaise.

Comme dans le 1er opus, l’auteur donne un côté documentaire à son roman en faisant commencer chaque chapitre par une liste d’événements qui se sont déroulés ce jour-là, dans ce pays et ailleurs. Miloszewski est aussi capable de tendresse à l’égard de son pays ; il dit, par exemple, de Sandomierz qu’elle est la ville « la plus charmante de toute la Pologne. »

Un roman noir

De l’aveu de l’auteur (entretien à Dijon, mai 2014), le 1er roman ne devait pas avoir de suite. Mais la condition de l’éditeur polonais à la signature du contrat était que le procureur Szacki soit le héros d’une trilogie…

Le personnage a quitté sa famille, et Varsovie, pour se retrouver, volontairement, dans ce qui est considéré comme un trou paumé. On va alors retrouver un certain nombre d’ingrédients du roman noir : solitude de l’enquêteur, mais qui se fait quand même plusieurs meufs de manière un peu facile ( !), réflexion pour savoir s’il a bien fait de changer de vie, sur la famille, sur l’âge qui vient (il a la quarantaine), mais aussi sur la psychologie du meutrier.

Heureusement il tombe peu à peu amoureux de Sandomierz, et peut-être de l’une de ses habitantes. Dans quelle situation le retrouverons-nous dans le 3ème volume de ses aventures déjà parues en Pologne ?…

Un excellent polar polak.

Une interview de l’auteur sur ce roman

Un fond de vérité, Zygmunt Miloszewski, Mirobole, 2014

Traduction du polonais : Kamil Barbarski

le tableau en question

le tableau en question

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