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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


Modiano, dans l'abîme du temps

Publié par philippe sur 22 Juin 2015, 18:04pm

Catégories : #Adopte un Livre : notes de lecture

Modiano, dans l'abîme du temps

Je n’ai pas toujours été un grand fan de Modiano. D’accord, j’aime bien le personnage, qui a des difficultés à s’exprimer lors des interviewes ; je me suis toujours un peu méfié de ces écrivains qui s’écoutent un peu trop parler dans le micro ou qui accrochent un peu trop la lumière avec la chevalière ou la carré hermès rutilants.

D’accord, Dora Bruder, chef d’œuvre.

Mais je me souviens d’une nuit à Brno, République Tchèque, où les tramways ébranlaient les bâtiments et m’empêchaient de dormir : j’avais commencé un Modiano… dur moment.

Mais chapeau bas ! Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier : grand livre. Très grand livre.

Après la 1ère lecture, il faut tout de suite le reprendre, au début, pour essayer de voir quels indices l’écrivain a laissés, si les présentations initiales annonçaient ce qu’on comprend ensuite du personnage, de sa trajectoire, de son passé.

Modiano lance en effet son lecteur sur une piste : un coup de fil chez le personnage principal, Jean Daragane, pour lui annoncer qu’on a retrouvé le carnet d’adresses qu’il avait perdu ; mais les gens qui l’appellent veulent en savoir plus sur un des noms qui figure dans le carnet. Et comme il a l’habitude de le faire, Modiano … déroute son lecteur (voir l’article du Guardian). Peu à peu – et déjà une des virtuosités de l’auteur est de faire cela progressivement – s’installe une autre traque : celle du passé de Daragane par lui-même. Le lecteur a perfois du mal à s’y retrouver, et a peut-être même l’impression d’être complètement manipulé et trompé par le narrateur. C’est frustrant… et extrêmement exaltant.

Au bout du compte, bien qu’on ait appris des choses sur le narrateur, il reste impénétrablement un mystère. Il y a du Butor, du Perec, presque même du Lovecraft, du Borgès, un peu de Gracq… L’architecture en est méticuleuse. Patrick Modiano propose une belle réflexion sur le passé, le souvenir, sur la construction de soi, l’identité, la vérité, l’être. C’est un roman d’une profondeur capiteuse, abyssale.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, nrf, Gallimard, 2014

Une petite interview écrite de l’auteur.

Un article de Libé à propos d’un blog pour creuser un peu le mystère Modiano.

Mon titre vient évidemment des traducteurs de Lovecraft…

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