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La lettrie

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Lectures et dialogue des cultures


La fin des Punks à Helsinki

Publié par philippe sur 23 Juin 2015, 15:48pm

La fin des Punks à Helsinki

La Fin des Punks à Helsinki, Jaroslav Rudiš, Books Editions, 2012

Un roman qui décoiffe, à plein de titres

Plusieurs récits qui alternent, à des époques et par des narrateurs différents : les histoires d’Ole, de Nancy, d’une autre jeune fille et un petit épisode en italique qu’on comprend à la fin.

OLE. Leader d’un ancien groupe punk. Tient un bar underground – le Helsinki. Divorcé. Une fille, avec qui le contact est difficile. Vit en Allemagne dans une ville sans nom (voir plus loin). Aimerait pouvoir se passer de la présence et du désir des femmes.

Helsinki. Capitale de la Finlande !... La tournée et la carrière du groupe d’ Ole, Automat, se sont arrêtées juste avant que les musiciens n’atteignent cette ville.

Le Helsinki. Bar d’Ole. On n’y sert à peu près comme nourriture que de la soljanka, on y boit surtout de la bière et du šnit. En creusant une paroi, Ole a découvert une salle d’un ancien petit cinéma privé rempli de vieilles bobines porno en noir et blanc (NB Dans certaines langues slaves, N&B se dit à peu près tchernobyl – voir plus loin). Le bar est quasi le seul lieu punk de la ville, et en même temps le seul bar qui ne soit pas aseptisé, dans la ville. Il est un peu réservé à quelques dizaines d’habitués, et ceux autorisés à assister aux séances de ciné sont encore moins nombreux.

La ville d’Ole. Une ville est-allemande des années 90. Totalement en travaux. On y creuse une autoroute souterraine, ce qui fait trembler toute la ville, et va faire fermer le bar d’Ole par les autorités. Une ancienne fabrique à bière fournit également un étonnant terrain de jeux à Ole et à son copain. La ville n’a pas de nom. Quelques indices au cours du roman.

Le récit. Qui est le narrateur de cette partie ?... On l’apprend vers la fin du roman.

DEBUT ET FIN DU ROMAN. Le roman s’ouvre et se clôt sur 2 courtes parties en italiques, tristes et belles, racontées par Ole lui-même. Une histoire, une rencontre, une jeune fille qui l’a marqué à tout jamais.

NANCY. Jeune fille punk qui écrit son journal vers 1987. Elle habite Jesenik, au nord de la République Tchèque actuelle. Pour elle, c’est un trou paumé. Elle vit ou essaie de vivre avec une tribu de punks et son amoureux qui se fait appeler Helmut. « Nancy » n’est pas son vrai prénom non plus… ça vient de la copine d’un des Sex Pistols. Elle est des Sudètes, mi allemande, mi tchèque. Elle e tout le temps peur de tomber en cloque. Surtout, elle a constamment mal à la gorge : à cause de l’explosion de la centrale atomique de Tchernobyl (Ukraine, URSS), en 86. Elle emploie de nombreux mots allemands dans ses phrases, elle tient à ses origines allemandes. Et beaucoup de gros mots aussi. Une certaine violence. Son journal intime s’appelle « la Vallée des Sans Cervelle ».
Quel est le lien entre cette partie et celle d’Ole ?...

UN AUTRE JOURNAL INTIME. Un texte écrit dans l’urgence, presque en une seule phrase, « le Manifeste des gens Beaux ». Un manifeste anticapitaliste. Des points communs avec le roman d’Erwan Larher, l’Abandon du Mâle en Milieu Hostile. Une jeune fille y mijote des interventions terroristo-esthétiques. Ca se passe en Allemagne, fin des années 90.
Quel est le lien avec Ole ?

Quelques thèmes de ce roman polyphonique :

LE MONDE D’OLE, NANCY ET LEURS AMIS. On est toujours dans des intermondes, proches des frontières, undergrounds, interdits mais pas complètement. Des no man’s land, des lieux déserts : l’île des punks, le souterrain, les docks. Une sorte de no man’s time aussi. Traces de l’Histoire, modification du présent, travaux. Mais un côté un peu kafkaïen : les travaux de la ville d’Ole ne se terminent pas, n’avancent pas et ne semblent jamais pouvoir aboutir. Un futur entrevu, mais sans lueur.

LA MUSIQUE. Le rock est omniprésent. Le point d’orgue, ou plutôt le point de Larsen, du roman est le concert des Toten Hosen à Plzeň (Pilsen, vous savez : la bière Pils Urquelle), en 1987 (extrait sur la page facebook de Rudiš). Les différents personnages écoutent du punk. Une façon de s’extraire de la société dans laquelle ils vivent. On y rencontre différents groupes anglais, allemands, tchèques qui ont vraiment existé. Avec une très belle traduction d’un titre du groupe tchèque HNF. On est dans un monde où l’idéal existe (Helsinki, la jeune fille aux yeux verts, les espoirs post-totalitaires), mais reste inaccessible. L’ancien monde est empesé, encroûté, presque mort, mais le nouveau monde ne naîtra jamais.

L’auteur. Jaroslav Rudiš est tchèque. Né en 72. Parle allemand. A exercé plusieurs métiers (DJ, manager d’un groupe… punk, etc). Avec Jaromir 99, il a réalisé le roman graphique (ou peut-être BD) Alois Nebel (bientôt sur cet écran), qui a ensuite été adapté en un film d’animation très beau et très fort en collaboration avec le cinéaste tchèque Tomas Lunak. Il travaille actuellement autour de différents projets sur Kafka avec le groupe Kafka Band .

Rendez-vous avec Jaroslav Rudiš

J’ai pu participer à une rencontre que Rudiš a acceptée avec de jeunes Tchèques et Français. Tout cela a été très dynamique. Rudiš avait fait la fête la veille, avait un peu oublié de se réveiller pour le rdv, mais s’est finalement montré très enthousiaste. Il nous a proposé deux lectures en tchèque, assez longues, savoureuses et dignes d’un comédien. La salle était hilare. L’entretien a pu se poursuivre en anglais.

Rudiš a avoué sa surprise devant le succès qu’il a obtenu en France. Il a eu de bons articles dans Libé et d’autres journaux. Au-delà du thème punk qui peut intéresser tout le monde, pour lui, il y a tout de même des problématiques très « centre-européennes ». Particulièrement cet « espace » entre l’Allemagne et la République Tchèque. Cela dit, le roman relate aussi une histoire européenne : comment être punk dans les années 80. Inversement son éditeur lui avait prédit un carton en Finlande… « il ne s’est rien passé »…

Il n’a pas été punk lui-même mais a été entouré de punks. Pour lui, le concert des Toten Hosen en 87 était un concert politique : il y avait des gens qui venaient de partout. Selon lui, la partie de Nancy est difficile à traduire, d’abord en raison des germanismes (le traducteur allemand les a transposés en anglais), puis en raison des gros mots des années 80 qu’emploie ce personnage.

La genèse du roman. Le point de départ a été le journal de Nancy. Violence, verbale entre autre, du personnage. La rédaction de l’ensemble n’a pu se faire qu’une fois toutes les relations entre les différents récits et personnages bien au point. Le travail préparatoire s’est fait sur un tableau qui faisait apparaître tous les aspects. Un peu à l’ancienne.

Pour Rudiš, il n’est pas possible de se lancer dans la rédaction si le tout n’est pas prêt, conçu, organisé (un peu racinien, le romancier punk). Pour le personnage de la fille d’Ole, il a voulu mener une réflexion sur ce que peut être un(e) punk aujourd’hui. Selon lui, tous les 15 ou 20 ans, émerge une nouvelle génération qui constitue une nouvelle forme de punk.

Une rencontre riche et agréable. Un très beau roman. L’histoire de notre No Future.

Voir la chronique sur Alois Nebel et sur le Chateau de Kafka en roman graphique.

Rencontre avec Jaroslav Rudis, République Tchèque, 2 juin 2015Rencontre avec Jaroslav Rudis, République Tchèque, 2 juin 2015Rencontre avec Jaroslav Rudis, République Tchèque, 2 juin 2015
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